Sans le paysan, aurais-tu du pain?

Sans le paysan, aurais-tu du pain ?

C’est avec le blé qu’on fait la farine ;

L’homme et les enfants, tous mourraient de faim,

Si dans la vallée et sur la colline,

On ne labourait et soir et matin.

Sans le boulanger, qui ferait la miche ?

Sans le bûcheron, — roi de la forêt, —

Sans poutres, comment est-ce qu’on ferait

La maison du pauvre et celle du riche ?

Même notre chien n’aurait pas sa niche!

Où dormirais-tu dis, sans le maçon ?

C’est si bon d’avoir sa chaude maison

Où l’on est à table, ensemble, en famille !

Qui cuirait la soupe, au feu qui pétille,

Sans le charbonnier qui fît le charbon ?

Sans le tisserand, qui ferait la toile ?

Et sans le tailleur, qui coudrait l’habit ?

Il ne fait pas chaud à la belle étoile !

Irions-nous tout nus, le jour et la nuit,

Et l’hiver surtout, quand le nez bleuit ?

Aime le soldat, qui doit te défendre !

Aime bien ta mère, avec son cœur tendre !

C’est pour la défendre aussi qu’il se bat.

Quand les ennemis viendront .pour te prendre,

Que deviendrais-tu sans le bon soldat ?

Aimez les métiers, le mien et les vôtres !

On voit bien des sots, pas un sot métier;

Et toute la terre est comme un chantier

Où chaque métier sert à tous les autres,

Et tout travailleur sert le monde entier.

Jean AICARD, auteur de Maurin des Maures (1908)
Extrait du livre: Le livre des petits
Titre: Les vieux métiers

Né à Toulon, le 4 février 1848. Mort le 13 mai 1921.

Poète, romancier et auteur dramatique, Jean Aicard, profondément marqué par son enfance méridionale, se fit dans ses vers le chantre de la Provence. Inspiré par Lamartine qu’il fréquenta adolescent, il lui dédia une ode qui fut couronnée par l’Académie française.

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